Parmi les spécificités du Rite Écossais Rectifié, notons l’absence du Ciseau, du Levier et de la Règle, dans la panoplie des outils symboliques mis à la disposition du Maçon.
Dans ce Rite en effet, si le Maillet « sert aux Apprentis à travailler sur la pierre brute… »[1], on ne note, à la différence des autres rites maçonniques, aucune référence au Ciseau pour effectuer ce travail. En fait, l’Apprenti nouvellement reçu frappe directement (sans le Ciseau) trois coups sur la Pierre brute figurant sur le Tapis de loge.
PROHIBITION BIBLIQUE
Cette absence du Ciseau métallique dans le Rite Écossais Rectifié , peut être rapprochée de la tradition biblique, dont ce Rite s’inspire fortement, dans laquelle est énoncée l’interdiction de travailler la Pierre par le fer. Citons par exemple :
« L’Éternel dit à Moïse « Tu parleras ainsi aux enfants d’Israël … Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le bâtiras point en pierres taillées : car en passant ton ciseau sur la pierre, tu la profanerais. » (Exode 20, 22-25)
ou encore :
« Si tu m’élèves un autel de pierre, tu ne le construiras pas en pierres taillées, car en levant ton ciseau sur la pierre, tu la rendrais profane. »[2]
Ici, la prohibition biblique de tout outillage de métal peut être mis en rapport , dans les rituels maçonniques, avec le dépouillement des métaux du Maçon en loge et la construction du Temple de Salomon pendant laquelle on n’entendit « aucun bruit causé par aucun outil composé de métal » (Rite Français) ou « aucun bruit de marteau » (REAA). Le Rite Écossais Rectifié indique, quant à lui, que la mise en œuvre des matériaux s’effectua sans « aucun bruit d’aucun outil ».
Notons également que le sage chinois Tchouang-Tseu considère que la modification de la matière brute par le ciseau doit être vue comme le symbole des atteintes illégitimes à la spontanéité, comme le symbole des interventions abusives de l’homme dans les lois naturelles de la vie.
LE MAILLET FRAPPE DIRECTEMENT LA PIERRE BRUTE
L’absence du Ciseau au Rite Écossais Rectifié nous conduit à se poser la question suivante : quels effets mécaniques peuvent bien produire, pour un constructeur, un Maillet en bois qui frappe directement une Pierre brute ? Pas grand-chose en vérité, sinon finir par se briser lui-même contre la dureté du bloc de pierre.
Tout ceci peut donc signifier que le travail sur la Pierre brute ne consiste pas à l’attaquer violemment, à la trancher ou à la découper comme le ferait la partie acérée du Ciseau. Le but de ce travail ne serait pas tant de modifier l’enveloppe extérieure et physique de la pierre, mais plutôt d’ébranler son intérieur. Par le choc produit avec le Maillet, nous cherchons à éveiller ce « noyau dormant » qui s’y trouve enfoui. Nous cherchons à faire battre le cœur de la pierre, et, par analogie, le cœur de notre être.
La force vibratoire produite par le Maillet déclenche alors un « bing bang » intérieur, susceptible de donner vie à cette étincelle divine qui sommeille au fond de chaque homme. Nous passons ainsi de l’idée de la pierre matérielle à dégrossir à la pierre vivante qu’est l’homme, qu’il convient de transformer de l’intérieur.
[1] Instruction par demandes et réponses du 1er grade du Rite Écossais Rectifié.
[2] Exode 20,25 ; Deutéronome 27,5 ; 1 Rois 6,7.
