« D- Comment s’appelle la Loge ? R- La Loge de saint Jean et toutes les Loges portent le même nom », lit-on dans les Instructions par demandes et réponses du 1er grade du Rite Ecossais Rectifié (RER).

Au Rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA), le Tuileur demande au Frère qui frappe à la porte du Temple : « D’où venez-vous ? ». Celui-ci répond « D’une Loge de saint Jean ». Le chevalier de Ramsay, dans son fameux discours de 1736, donne une explication à cette dénomination de « Loge de saint Jean ».

Dans un précédent article, nous avons vu que Ramsay présentait la Franc-Maçonnerie comme l’héritière des ordres chevaleresques de l’époque des croisades. Il écrivait, en effet dans son discours de 1736 :

« Notre Ordre … doit être regardé comme un ordre moral, fondé de toute antiquité et renouvelé en Terre Sainte par nos Ancêtres (les Croisés)… »

Les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem

Dans la version 1737 du texte de son discours, Ramsay affirme : « … notre Ordre s’unit intimement avec les Chevaliers de Saint Jean de Jérusalem. Dès lors et depuis nos Loges portèrent le nom de Loges de Saint Jean dans tous les pays. » Ainsi, selon lui, cette union entre l’Ordre maçonnique et l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem expliquerait pourquoi les Loges maçonniques sont dites « de Saint Jean. »

L’Ordre de Saint Jean de Jérusalem auquel Ramsay fait référence est connu des historiens. Sa création fut officiellement approuvée, le 15 février 1113, par une bulle promulguée par le Pape Pascal II. Cet Ordre religieux (un Ordre monastique, non cloîtré), qui date donc de la première croisade, était également connu sous le nom de Ordo Hospitalis Sancti Johannis Hierosolymitani. « Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem », en effet, car les précurseurs de cet Ordre construisirent à Jérusalem, vers 1048, un hôpital (un hospice) dédié à Jean le Baptiste.

En plus de son rôle hospitalier auprès des malades, l’Ordre devint progressivement militaire. La fonction militaire des chevaliers Hospitaliers (appelés aussi chevaliers de l’Hôpital) consistait surtout à défendre les pèlerins qui se rendaient à Jérusalem et à combattre les Sarrasins. Ces chevaliers étaient vêtus d’une cape noire ornée d’une croix de Jérusalem blanche par-dessus leur armure, on les appelait parfois les « moines noirs ». Les chevaliers constituaient une des trois classes de l’Ordre ; les deux autres classes étaient celle des prêtres et des chapelains qui s’occupaient de l’aumônerie, et celle des frères servants.

L’Ordre maintint sa présence en Terre Sainte jusqu’en 1291, année de la chute de Saint-Jean d’Acre qui signifia, pour les Chrétiens, la perte de la Terre Sainte. Les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem se replièrent d’abord sur l’île de Chypre puis à Rhodes en 1310 dont ils furent chassés, en 1522, par le sultan Soliman le Magnifique. Ils s’installèrent à Malte en 1530 et prirent alors le nom de « chevaliers de Malte ».

Les Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem ne doivent pas être confondus avec les Frères de la milice du Temple, dits les Templiers (1119) qui provenaient surtout de France mais aussi de Belgique, Italie, et Espagne. De fortes tensions caractérisaient d’ailleurs les relations entre les chevaliers du Temple et les chevaliers de l’Hôpital. Parmi les Croisés, l’on comptait aussi les chevaliers Teutoniques (1198-1199) originaires d’Allemagne, de Pologne et des pays baltes.

Nous remarquerons que Ramsay, s’il rattache bien la Franc-Maçonnerie aux Croisés, mentionne parmi ceux-ci les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem mais à aucun moment les chevaliers Templiers… D’autres courants, un peu plus tard, prendront comme référence une source provenant du Saint-Empire romain germanique, ou de l’Ordre du Temple (en Allemagne, en Angleterre et en France).

L’union des francs-maçons et des chevaliers de saint Jean

Ramsay précise que l’union entre l’Ordre des francs-maçons et les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem « se fit à l’exemple des Israélites lorsqu’ils élevèrent (rebâtirent) le second Temple, pendant qu’ils maniaient la truelle et le compas d’une main, ils tenaient (portaient) dans l’autre l’épée et le bouclier. » Cette affirmation semble largement inspirée du livre biblique de Néhémie : « Ceux qui bâtissaient la muraille, et ceux qui portaient ou chargeaient les fardeaux, travaillaient d’une main et tenaient une arme de l’autre ; chacun d’eux, en travaillant, avait son épée ceinte autour des reins. » (Néhémie 4, 17-18)

Ramsay fut le premier à évoquer les glorieux ancêtres de la Maçonnerie « tenant une truelle d’une main et de l’autre une épée. » Ce thème sera repris, quelques dizaines d’années plus tard, dans les rituels de plusieurs « hauts-grades » maçonniques qui évoqueront la construction du Temple de Zorobabel. Citons les grades de Maître Ecossais de Saint André du Rite Ecossais Rectifié (4ème grade), celui de Chevalier d’Orient (3ème Ordre du Rite Français), et celui de 15ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

 

         

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JCS

Avec une pratique de plus de vingt années du Rite Écossais Rectifié, J.C. Sitbon a été Vénérable Maître de sa loge de 2003 à 2006 et rédacteur en chef, jusqu’en 2008, de L’Etroit Lien, journal destiné à une dizaine de loges provençales travaillant au Rite Écossais Rectifié.

En 2009, il fonde et depuis anime le Cercle d’Etudes et de Recherches sur le Rite Écossais Rectifié  (CERRER), situé à Marseille, dont les travaux visent à approfondir l’histoire des origines, de la structuration et de l’évolution de ce rite maçonnique. LE CERRER accorde également une place importante à l’étude de la symbolique et aux spécificités du Rectifié, tout en privilégiant une approche universelle.