Dans le vocabulaire maçonnique, le mot « loge », revêt plusieurs définitions. Dans son sens premier, ce mot désigne le local dans lequel les francs-maçons se réunissent pour leurs tenues.

On peut lire dans un catéchisme maçonnique du 19ème siècle :
D – Qu’entendez-vous par le mot « loge » ?
R – C’est un lieu secret qui sert d’abri aux Maçons pour couvrir leurs travaux.

Les textes des rituels du Rite Écossais Rectifié du grade d’Apprenti, établis dans la dernière partie du 18ème siècle, confirment cette signification du mot « loge » lorsque, par exemple, on lit la question : « Où se place le Vénérable Maître DANS la loge ? ». Ces mêmes textes précisent de manière détaillée les « décors de la loge », évoquent les « lumières d’Ordre dans la loge », les règles de déambulation des Frères ainsi que leur « place … dans la loge ». On trouve aussi dans ces textes : « … lorsqu’on se rassemble dans la loge » ou bien « Le Frère introducteur s’annonce à la porte de la loge », la porte est bien ici le seuil que l’on franchit pour entrer ou sortir de la loge, cet espace dans lequel les Maçons organisent leurs tenues.

L’origine du mot « loge »

Etymologiquement parlant, on fait souvent venir le mot « loge » du vieil allemand laubja qui désignait à l’origine une hutte de bûcherons ou un abri de branchages.

La signification de la « loge » maçonnique en tant que local correspond globalement à celles des dictionnaires de la langue française. Le Littré, par exemple, ne donne pas moins d’une quinzaine de définitions du mot « loge » mais la plupart de ces définitions se rejoignent sur l’idée d’un espace en général de dimensions réduites, le plus souvent clos, doté d’un aménagement plus ou moins sommaire et dont l’usage est provisoire ou limité dans le temps.

La loge maçonnique correspond à nombre de ces caractéristiques ; elle se présente, en effet, comme un espace, fermé par une porte, à l’intérieur duquel les Maçons se réunissent « à couvert ».

La loge des maçons opératifs

Le terme « loge » dans le contexte maçonnique semble apparaître à l’époque de la Maçonnerie opérative, celle des bâtisseurs de cathédrales au 13ème siècle. Le mot est mentionné dans plusieurs versions des Anciens Devoirs (Old Charges) britanniques, sous différente orthographes : logia, logge, luge, loygue, loygge

La loge semble être une cabane ou un petit édifice généralement construit, pour les maçons employés sur le chantier, avec des planches en bois, mais elle peut parfois être édifiée en pierre. On peut assimiler la loge à une baraque de chantier adossée ou proche des bâtiments en construction. Suivant l’importance du chantier, une ou plusieurs loges pouvaient être édifiées ; elles semblaient être particulièrement dédiées aux tailleurs de pierre.

Les loges servaient à abriter les ouvriers et les compagnons de métier des intempéries climatiques, à prendre les repas à l’heure du déjeuner, à leur servir de lieu de repos. C’était dans la loge qu’étaient rangés les outils et les petits matériels de chantier ainsi que les plans, qu’étaient préparées les tâches du lendemain, examinés les plans de l’ouvrage. On dit aussi que la loge constituait un lieu d’échange et de discussion des problèmes intéressant le métier

La loge, lieu de réunion des francs-maçons

Pendant une bonne partie du 18ème siècle, la plupart des groupes de Maçons s’assemblaient, pour leurs réunions, – en Angleterre comme sur le continent – dans des appartements d’hôtels particuliers ou de demeures privées ou bien encore dans des arrière-salles d’auberge.

Les Maçons de l’époque, que d’aucuns dénomment « hommes des tavernes », s’assemblaient autour de tableaux de Loge dessinés à la craie à même le sol avant l’ouverture de leurs travaux en loge ou bien peints sur une toile. En fait, n’importe quel local « clos et couvert » pour se réunir semblait pouvoir servir pourvu que le tracé de la Loge y figure.

Ce n’est que plus tard, plutôt dans la dernière partie du 18ème siècle, que sembla se généraliser le fait que les groupes de Maçons disposèrent de loges qui leur étaient réservés. Des locaux obédientiels prédécorés et préinstallés ou des « hôtels maçonniques », furent mis à leur disposition pour leurs tenues, au sein de bâtiments à destination exclusivement maçonnique. Roger Dachez nous rappelle que le Grand Orient de France édicta, en 1787, l’interdiction de se réunir en loge dans les auberges.

Malgré ces évolutions, on voit assez souvent aujourd’hui des Maçons organiser encore leurs Tenues dans une salle de séminaire, une salle d’hôtel ou de restaurant, voire un local industriel ou un garage bien entendu réaménagé.

Ceci étant dit, la salle dans laquelle se réunissent les Maçons, appelée donc « loge », ne peut se trouver confondue avec un endroit ordinaire, un local banal, d’une part, parce qu’elle est spécialement aménagée, et d’autre part, parce que son espace intérieur est rituellement consacré. Ainsi, la loge représente un espace dédié au travail maçonnique dans le cadre de décors et de rituels qui dépendent en principe des rites maçonniques qui y sont pratiqués.

Dans un prochain article, nous traiterons de l’autre sens du mot « Loge »,
en tant qu’association constituée de francs-maçons.

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JCS

Avec une pratique de plus de vingt années du Rite Écossais Rectifié, J.C. Sitbon a été Vénérable Maître de sa loge de 2003 à 2006 et rédacteur en chef, jusqu’en 2008, de L’Etroit Lien, journal destiné à une dizaine de loges provençales travaillant au Rite Écossais Rectifié.

En 2009, il fonde et depuis anime le Cercle d’Etudes et de Recherches sur le Rite Écossais Rectifié  (CERRER), situé à Marseille, dont les travaux visent à approfondir l’histoire des origines, de la structuration et de l’évolution de ce rite maçonnique. LE CERRER accorde également une place importante à l’étude de la symbolique et aux spécificités du Rectifié, tout en privilégiant une approche universelle.