La mort initiatique | rite Ecossais Rectifié -3

« Tu viens te soumettre à la mort »

(Rituel du 3ème grade du Rite Ecossais Rectifié)

Il ne suffit donc pas, pour le Rectifié, de seulement « penser à la mort » (voir article précédent) mais d’aller jusqu’à s’y « soumettre » ! Quelle idée effrayante que celle qui consiste à se mettre en état de dépendance, voire d’obéissance à la mort ! A moins de considérer que le rituel du grade de Maître relève d’un rituel de nécromancie ou d’un rite démoniaque sous l’emprise du prince de la Mort, on ne peut comprendre cette expression « se soumettre à la mort » qu’en considérant que la mort dont il est fait état n’est pas la mort physique ou purement physiologique, mais la mort dite initiatique ou symbolique.

La mort initiatique

La mort initiatique rappelle à l’initié la nécessité de lutter contre l’instinct de possession à l’égard de ses anciens repères et croyances, à renoncer aux habitudes du monde en luttant contre les vices, les passions et les préjugés. J.B. Willermoz souligne : « l’absolue nécessité, pour l’homme, de purger son âme des vices, des passions et des préjugés mondains qui obscurcissent l’intelligence et privent l’âme de toute l’énergie qui lui est nécessaire pour avancer dans la carrière de la Vertu. Ce renoncement, cette conversion, cette réconciliation est le plus sûr moyen de faire recouvrer à l’homme sa liberté primitive. »

Comme en écho, Louis Claude de Saint Martin écrit, sur un ton très martial, que, celui qu’il appelle le « nouvel homme » « aura à opérer en lui (afin) d’arracher de toutes les substances fausses dont il est environné, celles de ses pensées, de ses volontés, et de ses actions qui s’y sont englouties, et pour ainsi dire amalgamées, et qui y sont comme dans un vrai tombeau, où, non seulement, elles ne jouissent point du jour, et de la lumière, mais où elles tendent continuellement vers une effroyable putréfaction. »

Ce combat peut s’assimiler aux efforts pour passer du stade de l’objet, soumis à des interdits et à des tabous, au stade du sujet, autonome, responsable, capable d’aimer l’autre profondément. Il s’agit de mourir à nos illusions, à nos préjugés, à nos habitudes, d’abandonner nos comportements égoïstes et routiniers pour en acquérir de nouveaux, plus généreux et qui intègrent la dynamique de la vie. Jean Biès (1933-2014) écrit : « Admettre la valeur éminemment positive de la mort exige un complet retournement, celui des priorités, des centres d’intérêt, et même des raisons d’être ; une transformation radicale de ses modes de penser, et d’agir, et de vivre. » Il s’agit de mourir à soi-même et perdre ainsi le narcissisme qui rend inapte à toute vraie vie, à tout échange profond avec autrui.

La mort symbolique

Ceci présuppose l’idée de « lâcher prise », c’est-à-dire le renoncement volontaire à tous nos conditionnements, supports de notre ego. Ceci rejoint par certains côtés le concept de vacuité du bouddhisme qui consiste en la suppression du Moi pour être un vase vide pouvant accueillir le Soi libéré de toutes contingences d’ordre matériel.

C’est cette transformation-là, cette transmutation, que l’on peut appeler la mort symbolique. Il s’agit d’un changement de cap, d’une prise de conscience fondamentale, d’une révolution intérieure qui exige un travail sur soi-même de tous les instants pouvant conduire à un véritable renouvellement de la vie individuelle. Roland Bermann explique que la mort symbolique est, pour l’initié, une nécessité, « nécessité non seulement rédemptrice mais impérative, en ce sens qu’elle seule ouvre la voie de la réalité spirituelle, ne serait-ce que par les idées de transformation, d’abandon et de rejet qu’elle contient. »

Nous pouvons aussi méditer cette parole de l’apôtre Paul :

« Tandis que l’homme extérieur s’en va en ruine, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour ».

LE TEXTE DE CET ARTICLE EST EXTRAIT DU LIVRE DE JEAN-CLAUDE SITBON :

« Hiram. Exégèses bibliques et maçonniques du mythe fondateur de la Franc-Maçonnerie »

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JCS

Avec une pratique de plus de vingt années du Rite Écossais Rectifié, J.C. Sitbon a été Vénérable Maître de sa loge de 2003 à 2006 et rédacteur en chef, jusqu’en 2008, de L’Etroit Lien, journal destiné à une dizaine de loges provençales travaillant au Rite Écossais Rectifié.

En 2009, il fonde et depuis anime le Cercle d’Etudes et de Recherches sur le Rite Écossais Rectifié  (CERRER), situé à Marseille, dont les travaux visent à approfondir l’histoire des origines, de la structuration et de l’évolution de ce rite maçonnique. LE CERRER accorde également une place importante à l’étude de la symbolique et aux spécificités du Rectifié, tout en privilégiant une approche universelle.